[Zoom sur] La prison STASI à Berlin, Allemagne

[Toi] – Lors de mon voyage en tant qu’accompagnatrice scolaire à Berlin fin octobre 2017, la plupart de nos visites dans la capitale allemande étaient tourné autour du sujet de la séparation entre l’Allemagne de l’Est et l’Allemagne de l’Ouest. Nous avons donc visité une prison STASI, police secrète de la RDA, où était emprisonné des opposants politiques ou encore des gens qui tentaient de fuir à l’Ouest.

Prison STASI, Berlin, Allemagne

Comme expliqué auparavant, la STASI était la police secrète d’Allemagne de l’Est. D’ailleurs, cette prison était inexistante aux yeux du reste du monde, quand elle était en activité, car elle était justement secrète. Le rôle officiel de la STASI était de protéger l’Est en faisant de l’espionnage.

La prison STASI a connu deux grandes périodes totalement différentes avec en conséquence deux bâtiments différents qui n’ont jamais servi en même temps.

De 1945 aux années 60, ou l’époque de la torture physique

Le bâtiment qui servait lors des premières années était un bâtiment avec un sous-sol gigantesque et c’est là que se trouvait les cellules des prisonniers. Ils appelaient cette prison le sous-marin, car il n’y avait pas de fenêtre et donc ils ne voyaient jamais la lumière du jour pendant leur emprisonnement.
Chaque cellule était composée d’une structure en bois en guise de lit et d’un seau en guise de toilette. Ils étaient entre 6 à 8 prisonniers par cellule.

Prison STASI, Berlin, Allemagne

Les prisonniers étaient en générale des opposants au régime communiste ou des gens qui voulaient quitter l’Allemagne de l’Est. Normalement, ce devait être une prison pour interrogatoire, comme aujourd’hui nos gardes à vue. En réalité, les prisonniers restaient des mois et des mois le temps d’être torturé et de confesser.

En plus des cellules des prisonniers, il y avait des cellules spéciales de torture. Voici une petite liste de ces différentes cellules, sans rentrer dans les détails :

  • Des cellules frigorifiées
  • Cellules chauffantes
  • Des cellules à eau (ils devaient rester des mois entiers debout dans 3cm d’eau sans pouvoir se mettre au sec)
  • Cellules pour rester debout (tellement étroite qu’on ne pouvait pas s’asseoir)

Prison STASI, Berlin, Allemagne

Le quotidien des prisonniers

La journée, les prisonniers n’avaient pas le droit de dormir ou de s’allonger puis la nuit avait lieu les interrogatoires. Ils ne pouvaient en fait jamais dormir.

Les conditions d’emprisonnement étaient extrêmement difficiles : ils avaient peu de nourriture, il y avait peu d’oxygène dans ce sous-sol, l’air était humide et chaud. Les prisonniers avaient de très mauvaises conditions d’hygiène, car ils ne pouvaient pas de laver.
Il y eu beaucoup de mort par suffocation ou mort de faim. Il y a très peu de chiffres exactes sur cette époque de la prison, car la STASI avait essayé de détruire tous les documents pour garder le moins de preuve possible.

Prison STASI, Berlin, Allemagne

L’anecdote qui m’a le plus marqué sur cette période de la prison STASI est l’histoire d’une jeune fille. A 14 ans, elle fut emprisonnée pendant 9 ans et torturée afin qu’elle avoue être une dangereuse opposante politique. Vous savez ce qu’elle a fait ? Elle trouvait que le portrait de Staline était triste alors elle a dessiné un noeud au rouge à lèvres sur la moustache ! Relâchée à 23 ans, elle serait toujours en vie aujourd’hui à priori et devrait avoir dans les 70 ans. L’âge de ma grand-mère…

Des années 60 à 1989, ou l’époque de la torture mentale

Pour cette époque de la prison STASI, on passe à un autre bâtiment, construit pour remplacer l’ancien, avec des conditions de vies un peu moins difficiles. Les cellules, individuelles, cette fois-ci, sont équipées d’un lit, d’un lavabo et d’un WC avec l’eau courante, la lumière du jour et l’électricité. Il y avait des douches et les prisonniers avaient le droit à un changement d’uniforme une fois par semaine. Ils avaient accès aux soins médicaux et à suffisamment de nourriture.

Prison STASI, Berlin, Allemagne

Aujourd’hui, quand on visite ce bâtiment de la prison STASI, tout y est d’origine, il n’a qu’une cinquantaine d’années au final.

80% des prisonniers avaient été arrêtés pour avoir essayé de fuir la RDA. Leur sentence était généralement de 7 ans de prison. Il y avait des procès et tribunaux, mais ils avaient lieu pour donner l’impression qu’il y avait une justice. C’était en fait la STASI qui décidait des peines de prison et non les juges.

L’emprisonnement

Lors des emprisonnements, les “coupables” étaient arrêtés en ville, au centre de Berlin. La STASI les mettaient dans une camionnette (camouflé en livreur de nourriture), dans le noir, dans de toutes petites cellules. Ensuite, ils les conduisaient pendant 2 à 3h dans Berlin, alors que la prison STASI se trouve à 30 minutes du centre-ville, pour les désorienter. Ils auraient pu être n’importe où en Allemagne de l’Est. En arrivant à la prison STASI, la camionnette était garée dans un hangar avec un accès direct au couloir des cellules pour que le prisonnier ne voie jamais à quoi ressemble les bâtiments. Même en quittant la prison, il ne voyait rien !

A l’arrivée, tous les prisonniers devaient se mettre à nu dans une cellule pour une inspection complète. Ils se changeaient ensuite dans des uniformes et prenaient comme identité le numéro de la cellule dans laquelle ils allaient “séjourner”.
Le fait de les priver de leur identité était un moyen de les déshumaniser et faisait partie de leur torture psychologique.

Les prisonniers étaient ensuite dans l’isolation totale. Ils ne voyaient jamais un autre détenu sauf cas très particulier que j’expliquerais plus loin.

Les gardes de la STASI

Pour leur propre sécurité, les gardes n’avaient jamais d’armes sur eux. Quand un garde avait un problème, il tirait sur un fil électrique accroché au mur. Ceci alertait les autres gardes grâce à un système de lumière rouge qui s’allumait dans les bâtiments. Il n’y avait pas d’alarme de manière à ce que les prisonniers ne soient au courant de rien.

Prison STASI, Berlin, Allemagne

Les gardes contrôlaient tout. Devant chaque cellule, se trouve de nombreux interrupteurs pour contrôler la lumière, l’électricité dans la prise de courant pour le rasoir, le chauffage, et même la chasse d’eau. Le détenu devait demander aux gardes d’actionner les interrupteurs et selon l’humeur du garde, il acceptait ou non. C’était encore un moyen de torture psychologique.

Le quotidien des prisonniers

Le quotidien des prisonniers était rythmé par les interrogatoires. Ils étaient réveillés à 6h du matin pour le petit-déjeuner puis les interrogatoires commençaient. En attendant qu’un garde vienne les chercher pour aller dans les salles d’interrogatoires, ils n’avaient pas le droit de dormir. La nuit, ils avaient le droit de dormir, mais uniquement sur le dos avec les mains visibles posées sur la couverture. Si jamais ils bougeaient et changeaient de position, ils étaient réveillés par des bruits assourdissants de l’ouverture/fermeture du loquet en métal de leur cellule.

Prison STASI, Berlin, Allemagne

Comme mentionné auparavant, les prisonniers étaient toujours en isolation sauf dans le cas où ils étaient placés dans des cellules doubles ou triples avec des prisonniers “espions”. Ces prisonniers collaboraient avec la STASI pour avoir des privilèges (douches, nourritures, etc.). Ceux-ci partagent donc des cellules avec d’autres prisonniers pour essayer d’avoir des informations sur eux afin de les répéter aux gardes.

La communication entre prisonniers

Pour communiquer entre eux, les prisonniers en isolation avaient un code de communication très simple à comprendre. Ils tapaient sur le mur une fois pour un A, deux fois pour un B, trois fois pour un C et ainsi de suite jusqu’à avoir fini leur phrase. Cela prenait beaucoup de temps, ils allaient donc à l’essentiel (prénom, âge, raison d’emprisonnement, etc.) et ça les occupaient. Sinon, ils pouvaient communiquer par les toilettes. Après avoir enlevé l’eau, ils se parlaient par les tubes des canalisations qui étaient relié de cellules en cellules.

Prison STASI, Berlin, Allemagne

Les interrogatoires de la STASI

Lorsqu’ils étaient emmenés en salle d’interrogatoire, les prisonniers étaient assis de manière très inconfortable sur un tabouret avec un torchon entre eux et l’assise. Ce torchon absorbait sa transpiration. Après l’interrogatoire, qui pouvait durer des heures, la STASI mettait le torchon dans un bocal fermé. Elle le gardait pour le faire renifler à un chien de la police au cas où, le prisonnier, une fois en liberté, décidaient de s’enfuir d’Allemagne de l’Est. Cela permettait donc de le retrouver plus facilement.

Le but des interrogatoires était de faire perdre la tête aux prisonniers pour qu’ils ne sachent plus qui ils sont. Les gardes les menaçaient, les intimidaient, jouaient avec leur esprit, jouaient au bon flic / mauvais flic.

La STASI avait une règle lors des interrogatoires : si le prisonnier raconte toujours la même histoire, c’est qu’il ment.

Dissolution de la prison STASI

Cette prison et la STASI ont été dissoutes en 1989 avec la chute du mur de Berlin et la fin de la séparation allemande. Depuis, aucun ex-STASI n’est allé en prison, il n’y a eu aucune conséquence sur leur vie d’après 1989. Ils vivent normalement, ont un travail et aucun souci moral.

L’anecdote qui m’a le plus marqué sur cette époque de la prison est que la STASI pénalisait aussi la population qui n’était pas incarcéré et non-opposante.
Si un habitant de Berlin-Est, qui vivait sa vie normalement, devait dire non à la police pour quelconques raisons ou ne voulait pas coopérer, la STASI leur retirait certains privilèges ou droits comme aller à l’Université, avoir une carrière, etc.

L’exemple de notre guide était que la STASI avait demandé à ses parents de donner les noms de leurs voisins qui allaient à l’église dans leur quartier. A l’époque, la religion était interdite car il fallait croire en “le parti” et pas en Dieu. Ils ont refusé de donner les informations en disant que ce n’étaient pas leurs affaires. Pour leur faire comprendre qu’ils n’avaient pas pris la bonne décision en refusant de coopérer, le père a été forcé de retourner à l’armée alors qu’il avait terminé son service militaire depuis longtemps.

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